d.B.t.h.w.3.c.o.n.c.e.p.t.i.o.n

MANIFESTE DE LA SUROBJECTIVITE.

à Gilles Deleuze,

.1.

La réalité est morte. L'avènement de l'être se réalise. Nous en avons enfin fini avec la réalité comme exemple, l'être s'affirme enfin dans sa réalisation et ses désirs. Loin de nous les objets, respectés simplement par honte de soi. L'impersonnalisation apparaît n'agissant que par-delà le subjectif. La production de l'objet nous permet de savoir qu'il est multiple mais surtout apparent, que l'objet est un leurre comme la vérité qu'il engendre, tout le subjectif cherche à nous en donner l'illusion. Certains, à partir de la nature, ont pris pour un idéal ce qui n'était que désir. Mais le désir n'est que désirer, tandis que l'Idéal est intouchable. Par ces voies, ils nous ont rendus honteux de nous-mêmes, nous les désirants, face à l'Idéal hygiénique (par définition). Par cela, sont nés nombre de paradoxes entre une civilisation recherchant dans le progrès un degré d'exploitation maximum des éléments à notre disposition et une culture se prosternant face au Beau, au bon, au vrai. L'instinct poussait l'être vers l'expérience tandis que la raison le retenait dans la contemplation. L'artiste au service du Beau en a oublié la création.

.2.

L'origine de la surobjectivité est l'instinct dirigé par la perception. D'une image perçue, d'un instant visuel, naît le besoin de comprendre l'événement et de l'immortaliser en le métamorphosant. Cette métamorphose s'obtient par la création. L'image perçue est une base mais subjective. L'image perçue sera un réel impersonnel dès que purifiée de ses éléments interprétés. En effet, la réalisation d'une image s 'exécute par la géométrie, ainsi un enfant - conscience peu subjectivée - réalisant un dessin. L'enfant, n'ayant aucune notion académique du dessin, réalisera toujours un portrait ou un paysage en employant des formes rationnelles : un cercle pour la tête, un triangle ou un rectangle pour le corps, de minces droites pour les membres. Un arbre sera figuré par une ligne surmontée d'un cercle. Cela est une essence commune aux enfants. Dès lors, nous pouvons parler d'objectivité, mais d'une objectivité intérieure et inconsciente produisant une réalité à l'usage d'un seul : une SUROBJECTIVITE. Toute image perçue est une idéalisation de la réalité. Mais un Idéal est par définition invisible, intouchable et donc inviolable. Mais son actualisation pervertit l'Idéal le rendant visible, touchable, le violant. L'Idéal est détruit par la réalisation ; l'image idyllique de la réalité est consommée par l'être.

.3.

La réalité sensible n'existe pas. L'ordre du monde et des choses n'est qu'illusoire par l'apparence. Trop souvent l'être s'est donné à l'objet se vidant ainsi de sa substance. Le considérant comme Un, l'être s'est rendu vide de sens. Trop souvent, l'être a cru se déplacer dans un espace distinct et le partager avec l'objet, le considérant ainsi comme extérieur. Mais l'objet n'existe que par l'interprétation, ou mieux, par l'interprétation de son principe. L'objet n'existe que par l'interprétation de son principe par l'être. Par la surobjectivité, il existe un traitement de l'intériorité de l'objet mettant en exergue son principe : le principe moteur de l'intériorité de l'objet est sa vitesse de mouvement soumise à la perception (l'individu perçoit l'objet le plus souvent comme stable). Par cela, il est en perpétuelle évolution. Cette vitesse est régie par la forme (lente ou dynamique) et la couleur (chaude-rapide, froide-lente).
C'est parce que l'objet est soumis à la vitesse par son mouvement interne qu'il n'est pas objectivable universellement. La représentation impose un statut immuable, un degré de finitude impossible en ce monde. La surobjectivité traite donc de l'extériorité de l'objet par la géométrisation de ses formes et de son intériorité par la dynamique de ses formes et de ses couleurs. On peut donc assister, par l'intermédiaire de la perception, à une fusion de l'intériorité et de l'extériorité de l'objet. L'image ainsi perçue n'est pas une vision intérieure et, moins encore, une vision extérieure de l'objet mais une fusion de ces deux représentations déstructuralisant l'objet pour mieux l'appréhender. L'image ainsi distingue non pas le présent de l'objet mais le présent de l'objet selon sa condition dynamique (vitesse). La surobjectivité développe donc le devenir de l'objet à travers toute représentation. La réalisation de l'image de l'objet en devenir n'est exécutable qu'à partir d'une perception dénuée de toute orientation culturelle ( ce qui inclut donc le même principe pour une compréhension totale du mouvement surobjectif).

.4.

Tout est mouvement, esprit et corps, actuel et virtuel, réalité et métaphysique. Une existence ne peut être réelle que par sa pleine participation aux mouvements du monde. Par ce fait, rien n'est, tout devient, tout change et change tout le temps. L'être doué ainsi de mouvement entre dans des processus d'impersonnalisation lui permettant de créer son propre réel. Loin d'une subjectivation des éléments, la surobjectivité est objectivation optimale de ce qui est perçu, c'est-à-dire la création de forces qui sont déjà en lui sans être soumise à une figuration ou représentation commune de la réalité. La surobjectivité est un réel gratuit et inutile de l'être, une désubjectivation des éléments et des modes de la représentation commune. Par la surobjectivité, l'existence ne se limite plus à une représentation à laquelle elle est confrontée. Elle n'est que dépassement de cette représentation ou son expression impersonnelle. Dès lors, tout objet est contenu dans l'être, tout virtuel s'organise au sein même de sa propre réalité. Cet être n'existe plus par l'Autre mais tout autre existe en lui, non interprété donc non différencié. L'indifférenciation contredit le rendement et la valeur, elle annule toute forme de manque comme extériorité de l'être. Ainsi, la vie est partout, par ses mouvements immanents à tout être. Elle ne se limite à rien ; l'interprétation, le rendement sont chaque fois des notions qui lui portent atteinte. La surobjectivité est le processus d'expansion des plus fortes valeurs de la vie, par son plein développement de tous les mouvements, par sa contradiction de tout ce qui peut subjectiver, donc de tout ce qui peut limiter les existences.

Stéfan Leclercq + collectif (juillet 1993).